Quand la province valorise ce que l’État central néglige : le cas Abigaïl Alexandre au Cap-Haïtien


Par StandardMania | Cap-Haïtien, 2 avril 2026 –
 

Sous les applaudissements et les projecteurs, la ville du Cap-Haïtien a accueilli, ce mardi, Abigaïl Alexandre, première Haïtienne à remporter la finale internationale du concours d’éloquence Éloquentia. Une cérémonie solennelle organisée à la mairie, qui, au-delà de son éclat, soulève des interrogations sur la reconnaissance tardive des talents haïtiens.

Initiée par la Fondation Alfred Béliard (FAB Haïti), en coordination avec l’Organisation de Gestion de la Destination Nord d’Haïti (OGDNH), le ministère du Tourisme et le Groupe d’Étudiants Dynamiques (GED), la rencontre a rassemblé acteurs institutionnels, éducatifs et culturels autour de la jeune lauréate de 21 ans. Plusieurs délégations scolaires ont également fait le déplacement, preuve de l’impact de son parcours sur la jeunesse capoise.

Accueillie en héroïne, Abigaïl Alexandre a été saluée pour sa performance sur la scène internationale, où elle a brillamment défendu le thème : « L’intelligence artificielle ne renforce pas les inégalités ». Un exploit unanimement présenté comme l’incarnation du génie et du potentiel de la jeunesse haïtienne.


Pourtant, derrière cette célébration, une réalité persiste : l’absence quasi systématique d’accompagnement institutionnel avant la consécration internationale. Comme souvent, il aura fallu que l’excellence haïtienne soit validée à l’étranger pour susciter une mobilisation locale.

Face à une assistance majoritairement composée de jeunes élèves, la lauréate a livré un message à la fois inspirant et lucide. « Recevoir cet accueil en tant que lauréate du concours international Éloquentia n’est pas seulement un honneur personnel… c’est un symbole », a-t-elle déclaré, évoquant « une jeunesse haïtienne qui refuse de se taire, qui refuse de plier et qui choisit de s’exprimer, de penser et surtout d’agir ».

Dans un discours empreint de conviction, elle a insisté sur la puissance de la parole comme instrument d’engagement. « Éloquentia ne m’a pas seulement appris à bien parler. Elle m’a appris à porter une voix : une voix pour celles et ceux qu’on n’entend pas », a-t-elle affirmé, appelant les jeunes à croire en leur potentiel malgré les obstacles structurels.

S’adressant directement à la jeunesse, elle a lancé un appel sans détour : « N’attendez pas que le monde vous donne la permission d’exister… commencez là où vous êtes, avec ce que vous avez, et surtout avec qui vous êtes ».

Si l’événement a également permis des échanges sur le rôle de la parole dans le leadership et la transformation sociale, il met en lumière une problématique plus profonde : celle d’un système qui célèbre ses talents après leur reconnaissance internationale, plutôt que de les soutenir en amont.

Ainsi, derrière l’hommage rendu à Abigaïl Alexandre, se dessine une question essentielle : Haïti saura-t-elle un jour valoriser ses talents avant qu’ils ne soient consacrés ailleurs ?

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