Par StandardMania | Kenscoff, 12 juillet 2026 –
La commune de Kenscoff a vécu l'une des nuits les plus sanglantes de son histoire récente. Entre le 8 et le 9 juillet 2026, des hommes lourdement armés de la coalition criminelle « Viv Ansanm » ont lancé une attaque d'une extrême brutalité contre plusieurs localités de la commune, notamment le quartier Robin, dans la section communale de Grand-Fond. Malgré l'absence d'un bilan officiel, les témoignages recueillis sur le terrain font état d'un massacre d'une ampleur dramatique.
Selon les premières informations confirmées par les autorités locales, une seule famille a perdu au moins huit de ses membres lors de l'attaque menée à Robin. Parmi les victimes, trois personnes ont été retrouvées calcinées après l'incendie de leur maison, illustrant le niveau de barbarie atteint par les assaillants.
Le maire de Kenscoff, Massillon Jean, a indiqué qu'une intervention de la Police nationale d'Haïti (PNH), épaulée par des brigadiers, a permis de repousser temporairement les bandits. Toutefois, cette opération n'a offert qu'un bref répit à la population, les criminels étant rapidement revenus pour poursuivre leurs exactions.
Contacté par la rédaction de StandardMania, le maire s'est montré prudent quant au nombre exact de victimes, expliquant que les autorités ne disposent toujours pas d'une évaluation complète de la situation. « Il nous est impossible de communiquer un bilan officiel pour le moment. Les gangs occupent encore plusieurs zones, empêchant les équipes de la Protection civile et les autorités compétentes d'accéder aux lieux afin de procéder au dénombrement des victimes. Nous savons que les pertes humaines sont considérables, mais nous devons attendre que les conditions de sécurité permettent un recensement fiable », a déclaré Massillon Jean.
Au-delà de Robin, les violences se sont étendues à plusieurs autres localités, notamment Marothière, Dèsavann et d'autres zones environnantes. Les assaillants ont incendié des dizaines de maisons ainsi que plusieurs véhicules, laissant derrière eux un paysage de désolation. « Les bandits n'ont pas seulement tué. Ils ont systématiquement incendié des habitations, détruit des voitures et forcé des centaines de familles à fuir leurs maisons. Aujourd'hui, plusieurs quartiers sont pratiquement déserts et leurs habitants vivent dans la peur permanente », a ajouté le maire.
Sur le terrain, les témoignages recueillis par StandardMania dressent un tableau encore plus alarmant. Plusieurs riverains évoquent un bilan dépassant largement la centaine de morts, tandis qu'une dizaine de personnes seraient toujours portées disparues. Ces chiffres ne peuvent toutefois pas être confirmés de manière indépendante en raison de l'insécurité persistante.
Un habitant ayant requis l'anonymat raconte une scène d'une violence insoutenable. « Nous avons vu des familles entières disparaître. Les bandits ont utilisé des cadavres pour ériger des barricades afin de ralentir toute intervention. Ce que nous avons vécu dépasse l'entendement. Nous sommes abandonnés à notre sort », confie-t-il.
Cette nouvelle flambée de violence intervient dans un contexte déjà marqué par une grave crise humanitaire. Selon un rapport de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), près de 5 840 personnes, représentant 1 836 ménages, ont été déplacées à la suite des attaques perpétrées entre le 4 et le 8 juillet 2026 à Kenscoff. La majorité des déplacés, soit 86 %, a trouvé refuge auprès de familles d'accueil, tandis que les autres sont hébergés dans deux sites d'accueil aménagés pour faire face à l'urgence.
L'OIM précise que ces violences ont entraîné des pertes en vies humaines, des enlèvements, l'incendie de nombreuses habitations ainsi que la propagation des attaques dans plusieurs localités de la commune. L'organisation souligne qu'un déplacement d'une telle ampleur n'avait plus été enregistré à Kenscoff depuis février 2025.
Face à cette catastrophe humanitaire, la mairie de Kenscoff s'emploie à apporter une assistance d'urgence aux milliers de personnes réfugiées dans des abris provisoires. Les autorités communales tentent notamment d'assurer la distribution de nourriture et de produits de première nécessité, malgré des ressources extrêmement limitées et des conditions de sécurité particulièrement précaires.
Cette tragédie remet une nouvelle fois en lumière les profondes difficultés de l'État haïtien à reprendre le contrôle de territoires désormais dominés par les groupes armés. Alors que la Police nationale d'Haïti peine à contenir l'expansion des gangs, de nombreuses voix s'interrogent sur l'efficacité des dispositifs sécuritaires mis en place pour combattre l'insécurité. Les critiques se multiplient également concernant les moyens déployés par les autorités pour protéger les populations civiles, alors que les groupes criminels continuent d'imposer leur loi dans plusieurs régions du pays.
À Kenscoff, les survivants pleurent leurs proches, enterrent parfois leurs morts dans des conditions extrêmement difficiles et attendent toujours une réponse forte des autorités nationales. Derrière les chiffres, encore impossibles à établir avec précision, se cache une réalité accablante : celle de familles décimées, de communautés déplacées et d'une population qui continue de payer le prix le plus lourd de l'effondrement de la sécurité.
La question demeure entière : jusqu'à quand les Haïtiens devront-ils vivre sous la menace permanente des gangs armés en attendant le rétablissement effectif de l'autorité de l'État sur l'ensemble du territoire national ?
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