ÉDITORIAL - Constitution de 1987 : 39 ans de promesses trahies et de manipulations politiques


Par Donald Metellus | Port-au-Prince, 30 mars 2026 –

Il y a 39 ans, le peuple haïtien écrivait une page d’espérance. Par référendum, il adoptait la Constitution de 1987, acte fondateur d’une rupture historique avec la dictature, promesse d’un État de droit, d’une justice équitable et d’une dignité retrouvée. Ce texte n’était pas qu’un document juridique : il incarnait un pacte moral entre la Nation et ses dirigeants.

Mais aujourd’hui, ce pacte est piétiné. Une Constitution jamais appliquée, mais toujours manipulée. Le paradoxe haïtien est cruel : la Constitution est à la fois omniprésente dans les discours politiques et absente dans la pratique. Depuis des décennies, elle est invoquée quand elle sert des intérêts, ignorée lorsqu’elle les contrarie. Des analyses convergent pour dénoncer une culture du non-respect de la loi, où « la quasi-totalité des gens au pouvoir n’ont jamais voulu l’appliquer, sauf les quelques articles qui feraient leur affaire » .

Dès lors, une question fondamentale s’impose : comment prétendre réformer une Constitution que l’on n’a jamais réellement appliquée ?

Ce que certains politiciens présentent aujourd’hui comme une nécessité de réforme ressemble davantage à une stratégie de contournement. Modifier, voire remplacer la Constitution, non pas pour renforcer l’État de droit, mais pour l’adapter à des intérêts particuliers.

On assiste à la tentation permanente de l’arbitraire. L’histoire politique récente d’Haïti est marquée par une instabilité chronique, nourrie par des pratiques où les institutions sont fragilisées, instrumentalisées ou contournées. Le pays figure régulièrement parmi les plus corrompus au monde, avec des institutions minées par l’impunité et la mauvaise gouvernance .

Dans ce contexte, toute tentative de modification constitutionnelle par des voies contestées, notamment en contradiction avec les mécanismes prévus par la loi mère, ne peut être interprétée comme un acte démocratique. Elle s’inscrit plutôt dans une logique de captation du pouvoir.

Car le problème n’est pas seulement juridique. Il est structurel. Des rapports soulignent que la population elle-même doute profondément de la sincérité des autorités dans la lutte contre la corruption, et que les institutions judiciaires sont perçues comme manipulées par des intérêts politiques et économiques . Cette défiance n’est pas abstraite : elle est le produit d’un système où la loi est souvent sélective, et l’État, partial.

Réformer sans appliquer : une imposture politique. Oui, la Constitution de 1987 n’est pas parfaite. Oui, elle mérite des ajustements. Mais la réforme ne peut être crédible que si elle s’inscrit dans une dynamique de respect préalable.

Or, ce que l’on observe, c’est l’inverse : un pouvoir politique qui, après avoir ignoré les règles, cherche à les redéfinir à son avantage.

C’est une imposture. On ne détruit pas une maison sous prétexte qu’on ne l’a jamais habitée. On commence par y vivre, par en respecter les fondations, avant d’en corriger les failles.

En Haïti, l’État de droit souffre moins d’un excès de normes que d’un déficit d’application. Des études rappellent que la faiblesse des institutions, l’absence de redevabilité et la confusion entre intérêts publics et privés sont au cœur de la corruption et du sous-développement.

On regarde une élite politique déconnectée du peuple. Pendant que certains débattent de révision constitutionnelle, la population, elle, réclame autre chose : justice, sécurité, transparence, responsabilité.


Depuis des années, les mouvements populaires exigent des réformes systémiques pour lutter contre la corruption, mettre fin à l’impunité et rendre les gouvernements redevables . Mais ces revendications restent largement ignorées.

Pire encore, le pays est aujourd’hui plongé dans une crise où l’État peine à exercer son autorité, laissant place à des logiques parallèles de pouvoir, souvent violentes, qui prospèrent sur la faillite des institutions.

Dans ce contexte, vouloir changer la Constitution sans restaurer l’autorité de la loi revient à déplacer le problème sans jamais le résoudre.

L’enjeu n’est pas seulement juridique. Il est profondément politique et moral. La Constitution de 1987 représente un idéal : celui d’un État au service du citoyen, et non l’inverse. La remettre en cause sans en avoir respecté les principes fondamentaux, c’est trahir cet idéal.

Ce dont Haïti a besoin aujourd’hui, ce n’est pas d’une nouvelle Constitution taillée sur mesure pour des intérêts conjoncturels.

C’est d’une volonté réelle de gouverner autrement. Appliquer la loi. Renforcer les institutions. Mettre fin à l’impunité. Sans cela, toute réforme constitutionnelle ne sera qu’un écran de fumée.

Le 29 mars ne devrait pas être une simple date commémorative. Il devrait être un rappel exigeant. Le combat n’est pas de changer la Constitution. Le combat est de la respecter.

Car une Constitution, aussi parfaite soit-elle, ne vaut rien sans des dirigeants qui y croient, et surtout, qui s’y soumettent.

Donald Metellus 

La Rédaction de StandardMania 
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