Port-au-Prince, 28 janvier 2026 —
Les États-Unis ont annoncé de nouvelles restrictions de visa contre trois responsables haïtiens, deux membres du Conseil présidentiel de transition et un membre du gouvernement, accusés de soutenir des gangs qualifiés de « terroristes ». Officiellement, Washington invoque la stabilité régionale et la sécurité. Officieusement, la méthode relance un vieux débat : celui de l’ingérence récurrente dans les affaires internes d’Haïti.
Dans une note publiée ce 28 janvier, le Département d’État indique agir en vertu de l’article 212(a)(3)(C) de l’Immigration and Nationality Act (INA), permettant d’interdire l’entrée aux personnes jugées nuisibles à la politique étrangère américaine. Les visas existants seront révoqués, y compris ceux des membres de la famille immédiate. L’Administration Trump affirme vouloir poursuivre ces sanctions contre toute personne « contribuant à la déstabilisation d’Haïti et de l’hémisphère ».
Si la lutte contre les gangs est une urgence réelle, la diplomatie coercitive par la coupure de visas apparaît, pour de nombreux observateurs, comme un instrument de pression politique plutôt qu’un outil de justice internationale. Cette pratique, répétée au fil des années, s’installe dans une logique de sanction unilatérale, sans transparence procédurale ni mécanisme contradictoire, au mépris de la souveraineté des institutions haïtiennes.
Plus grave encore, l’argument sécuritaire est brandi sans publication d’éléments probants accessibles à l’opinion publique haïtienne. La sanction devient ainsi un signal politique, un moyen de discipliner des acteurs nationaux par l’extraterritorialité du pouvoir américain. Une stratégie qui, loin de renforcer l’État de droit, alimente la défiance, fragilise la légitimité des autorités locales et nourrit le sentiment d’une tutelle diplomatique permanente.
À force de recourir à ces leviers, Washington banalise un outil de contrainte qui ressemble de plus en plus à un jeu malsain de pressions successives, où Haïti demeure l’espace d’expérimentation d’une diplomatie punitive. La stabilité ne se construit pas par la stigmatisation ciblée et les décisions unilatérales, mais par le respect des processus internes, l’appui institutionnel réel et une coopération fondée sur l’égalité souveraine.
En prétendant « rendre des comptes », les États-Unis imposent surtout leur propre agenda. Et ce faisant, ils perpétuent une tradition d’ingérence qui, sous couvert de sécurité, continue d’affaiblir la capacité d’Haïti à résoudre elle-même ses crises.
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