Après le "Viv ansanm" des gangs armés et le "vivre ensemble" des chrétiens, à quand le "vivre ensemble" des politiciens haïtiens pour le bien-être du pays ?


Par Donald Métellus | 31 décembre 2025 –

L'année 2025 tire à sa fin et il est temps de dresser un bilan sans complaisance de cette période qui restera marquée dans l'histoire haïtienne comme l'une des plus sombres. Alors que les derniers jours de décembre nous ont offert un spectacle réconfortant - celui de leaders chrétiens surmontant leurs différends pour s'unir dans la foi - la classe politique haïtienne continue de briller par sa désunion face à une crise multidimensionnelle sans précédent.

Un exemple lumineux dans les ténèbres

Le vendredi 26 décembre 2025 restera gravé comme un moment d'espoir pour les fidèles chrétiens haïtiens. À l'église Shalom de Delmas, trois figures emblématiques du christianisme haïtien, le Pasteur André Muscadin, le Prophète Marckenson Dorilas et le Pasteur Marco, ont scellé une réconciliation historique. Ces leaders, qui évoluaient jusqu'alors dans des sphères doctrinales différentes et n'étaient pas sur la même longueur d'ondes, ont su transcender leurs divergences théologiques pour s'unir dans un service à l'Éternel. 

Ce geste symbolique, salué par de nombreux observateurs, illustre parfaitement ce que devrait être l'esprit de réconciliation nationale. Ces hommes de foi ont dansé, dialogué et même envisagé des projets communs, démontrant qu'il est possible de dépasser les clivages personnels pour servir un idéal supérieur : le bien-être du peuple haïtien.

Le sinistre "Viv ansanm" des gangs armés

Paradoxalement, c'est une autre forme de "vivre ensemble" qui a marqué l'année 2025 en Haïti : celle des gangs armés unis sous la bannière "Viv ansanm". Cette coalition criminelle, dirigée par Jimmy "Barbecue" Chérizier, a réussi là où les politiciens ont échoué : créer une alliance durable et efficace. 

Le bilan de cette "union sacrée" du crime est effroyable. Plus de 3 000 personnes ont été tuées entre janvier et juin 2025 selon l'ONU, s'ajoutant aux 5 600 décès de 2024. Au total, depuis 2022, la violence des gangs a fait plus de 16 000 morts et déplacé 1,3 million de personnes, dont la moitié sont des enfants.

Cette alliance criminelle contrôle désormais environ plus de 80% de Port-au-Prince selon les Nations unies, paralysant les institutions et terrorisant la population. Le gouvernement américain a même classé "Viv ansanm" comme organisation terroriste étrangère et mis une prime de 5 millions de dollars sur la tête de son leader. 

L'incapacité chronique du Conseil Présidentiel de Transition

Face à cette catastrophe humanitaire, que fait la classe politique haïtienne ? Elle persiste dans ses divisions stériles et ses querelles de pouvoir. Le Conseil Présidentiel de Transition (CPT), créé en avril 2024 pour succéder au Premier ministre Ariel Henry, illustre parfaitement cette incapacité à s'unir pour l'intérêt national.

Les divisions internes au sein du CPT sont devenues chroniques. En juin 2025, trois conseillers-présidents (Smith Augustin, Louis Gérald Gilles et d'autres membres) ont adressé une correspondance au coordonnateur Fritz Alphonse Jean pour dénoncer les dysfonctionnements internes. En août, Laurent Saint-Cyr a pris la tête du CPT, remplaçant Fritz Alphonse Jean dans un nouveau changement de leadership, mais sans succès visible.

Ces changements perpétuels témoignent d'une instabilité institutionnelle chronique qui paralyse toute action gouvernementale efficace. Pendant que les politiciens se disputent les postes, le pays sombre dans le chaos.

Des promesses électorales dans le vide

Alors qu’il était, président du Conseil présidentiel de transition, Leslie Voltaire, a annoncé en janvier 2025 la tenue d'élections pour novembre 2025. Cette promesse, faite lors d'une visite à l'Élysée, sonne creux dans le contexte sécuritaire actuel.

Comment organiser des élections crédibles quand les gangs contrôlent une partie significative du territoire national ? Comment garantir la sécurité des électeurs quand plus de 210 000 personnes vivent dans des sites de déplacés improvisés ? Ces questions restent sans réponse tangible de la part d'une classe politique déconnectée des réalités du terrain.

L'urgence d'un sursaut national

L'exemple des leaders chrétiens qui ont su surmonter leurs différends doctrinaux pour s'unir dans un projet commun devrait inspirer nos dirigeants politiques. Si des hommes de foi aux convictions théologiques distinctes peuvent danser ensemble et envisager des projets collaboratifs, pourquoi nos politiciens ne parviennent-ils pas à dépasser leurs ambitions personnelles pour sauver la nation ?

La situation actuelle exige un dépassement des clivages partisans traditionnels. Pendant que les gangs démontrent une capacité d'organisation redoutable sous le slogan "Viv ansanm", les forces démocratiques du pays restent éparpillées et inefficaces.

Le pays a besoin d'un "vivre ensemble" politique authentique, fondé sur un pacte national pour la reconstruction. Cela implique :

- L'abandon des calculs politiciens à court terme

- La mise en place d'un gouvernement d'union nationale réellement représentatif

- Un programme d'urgence pour restaurer la sécurité

- Une stratégie concertée de reconstruction institutionnelle

L'heure du choix

L'année 2025 se termine sur un contraste saisissant. D'un côté, des leaders spirituels qui montrent la voie de la réconciliation et de l'unité ; de l'autre, des dirigeants politiques englués dans leurs querelles intestines pendant que le pays brûle.

Les gangs ont prouvé qu'ils savaient s'unir pour le pire. Les chrétiens ont démontré qu'ils pouvaient se réconcilier pour le meilleur. Il ne manque plus que les politiciens fassent le choix du "vivre ensemble" pour le salut national.

Le peuple haïtien attend encore ce sursaut. L'Histoire jugera sévèrement ceux qui auront préféré leurs intérêts personnels à l'intérêt supérieur de la nation. L'exemple lumineux du 26 décembre 2025 à l'église Shalom devrait servir de modèle à tous ceux qui prétendent servir Haïti.

Car enfin, si des hommes de Dieu peuvent transcender leurs différences pour servir l'Éternel, nos dirigeants politiques ne peuvent-ils pas transcender les leurs pour servir la patrie ?

Le temps de l'union sacrée pour le redressement national a sonné. Sauront-ils l'entendre ?

Donald Métellus, Éditorialiste

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